Classé dans : Nouveauté en librairie
Hervé Kempf
Pour sauver la planète, sortez du capitalisme
Seuil - 08 janvier 2009
Un autre monde est possible, il est indispensable, il est à notre portée. Le capitalisme, après un règne de deux cents ans, s’est métamorphosé en entrant dans une phase mortifère : il génère tout à la fois une crise économique majeure et une crise écologique d’ampleur historique. Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme, en reconstruisant une société où l’économie n’est pas reine mais outil, où la coopération l’emporte sur la compétition, où le bien commun prévaut sur le profit.
Dans un récit original, l’auteur explique comment le capitalisme a changé de régime depuis les années 1980 et a réussi à imposer son modèle individualiste de comportement, marginalisant les logiques collectives. Pour en sortir, il faut prioritairement se défaire de ce conditionnement psychique.
L’oligarchie cherche à détourner l’attention d’un public de plus en plus conscient du désastre imminent en lui faisant croire que la technologie pourrait surmonter l’obstacle. Cette illusion ne vise qu’à perpétuer le système de domination en vigueur. Comme l’illustre la démonstration ancrée dans la réalité et animée de nombreux reportages, l’avenir n’est pas dans la technologie, mais dans un nouvel agencement des relations sociales. Ce qui fera pencher la balance, c’est la force et la vitesse avec lesquelles nous saurons retrouver l’exigence de la solidarité.
L’ouvrage précédent d’Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, a rencontré un grand succès aussi bien en France et au Québec qu’à l’étranger, avec des traductions en anglais, espagnol, italien et grec. Dans ce nouvel essai, l’auteur, journaliste au Monde, montre qu’en dépit des menaces l’avenir reste ouvert et l’optimisme justifié. (4ème de couverture)
La critique de Roland Charlionet
Il est des livres stimulants tant par la justesse de beaucoup des analyses qu’ils présentent que par la clarté des opinions qu’ils expriment. Le livre d’Hervé Kempf ″Pour sauver la planète, sortez du capitalisme″ est de ceux là. Souvent ses analyses et ses opinions concordent avec celles des progressistes marxiens, et elles sont exposées tellement brillamment que cela nous remplit de joie et de confiance. Parfois, cependant, il arrive que nous soyons en net désaccord, mais l’intelligence du propos nous conduit alors à vouloir approfondir notre propre réflexion.
D’accord bien sûr pour sortir du capitalisme. Le productivisme est un caractère systémique de la production capitaliste car dans le système capitaliste la production n’est réalisée qu’en vue du seul profit. De telle sorte que le capitalisme n’est pas adapté à une économie d’abondance ou de satisfaction des besoins humains. Il doit créer une rareté fictive en instituant des droits d’accès ou des brevets ; il doit étendre constamment ses domaines d’action qui comprennent maintenant les secteurs de la vie, de l’environnement et même de la personne humaine ; il doit entretenir la consommation par une publicité incessante qui exacerbe les besoins et les convoitises ; il doit programmer méthodiquement des gaspillages de tous ordres et faire survenir des destructions massives y compris en mettant en danger les grands équilibres naturels qui fondent la vie sur la planète Terre ou en instituant un état permanent de guerre plus ou moins chaude. Tout cela est très bien démontré par Hervé Kempf. Vraiment, les chemins que nous pouvons parcourir ensemble sont multiples et longs.
D’accord également pour rappeler que ″Le langage est aussi caractéristique de l’homme que l’outil″ selon la célèbre formule de Leroi-Gourhan et pour constater que dans sa déraison constitutive, le capitalisme veut éliminer le langage et opter uniquement sur la technique, c’est-à-dire qu’il cherche la source de ses profits monstrueux dans la déshumanisation de la société (p 73). Mais là où un désaccord fondamentale apparaît c’est quand Hervé Kempf, à partir du troisième chapitre de son livre dénigre systématiquement toute technologie (par exemple, aucune forme de source énergétique ne trouve grâce à ses yeux !). Pour nous, le propre de l’humanité est bien inséparablement double : ″la bouche qui parle et la main qui travaille″ (Hegel). Le propre de l’activité humaine est qu’elle s’accomplit de façon systématiquement médiatisée, ses médiateurs génériques étant l’outil et le signe (Marx). Ils diffèrent à la base en ceci que l’outil médiatise les rapports des hommes avec la nature, le signe les rapports des hommes entre eux et avec eux-mêmes. Ces médiateurs sont bien sûr dialectiquement liés. En produisant ses moyens de vivre, l’humanité accumule historiquement un immense monde humain en évolution constante – outillages, paysages, langages, institutions, représentations…- à partir duquel chaque petit d’homme a à s’hominiser (Lucien Sève). Ne pas reconnaitre pleinement cette dualité dans le développement du monde humain et vouloir favoriser l’un (le langage) au détriment de l’autre (l’outil), c’est à coup sûr également déshumaniser la société humaine. A notre sens, Hervé Kempf commet là exactement l’erreur symétrique de celle qu’il reproche aux capitalistes.
L’être humain a échappé à sa nature animale en devenant producteur (révolution néolithique) et depuis cette époque, il n’a cessé d’améliorer ses connaissances et d’acquérir des technologies de plus en plus performantes. Or ce développement considérable des connaissances et de la puissance des outils qui en résulte est ambivalent : il présente deux aspects contradictoires. Il est actuellement utilisé souvent dans un sens qui augmente l’exploitation, la domination, l’aliénation des être humains et qui dégrade l’environnement naturel. Le monde, dans l’organisation capitaliste de la société, se fragilise considérablement et nous vivons la plus historique des crises de sens. Le plus accusateur à dire contre le capitalisme c’est sa totale incapacité à nous signifier pour quoi nous devrions endurer ce qu’il nous fait subir : l’humanité est en train de se détruire matériellement et moralement pour rien, si ce n’est pour une frénétique accumulation de richesse au profit d’un très petit nombre de privilégié ! Nous partageons cette analyse avec Hervé Kempf mais là où nous différons c’est que nous reconnaissons qu’existe un deuxième aspect au développement technologique, deuxième aspect qui est éminemment positif. On peut considérer en effet que les possibilités actuelles d’amélioration des conditions de vie et d’épanouissement de chacun n’ont jamais été aussi ouvertes. Il suffirait de canaliser le progrès des connaissances scientifiques et techniques pour que les transformations de la société qu’il induit restent centrées sur des objectifs humanistes: respect de la dignité humaine, conservation et entretien des grands équilibres naturels, satisfaction des besoins sociaux exprimés, élaboration d’une éthique de vie.
Ne pas voir les potentialités émancipatrices des technologies, c’est laisser le champ libre à nos adversaires, et donc renoncer à promouvoir l’émancipation humaine…. En outre c’est fermer les yeux sur l’évolution caractéristique du monde humain actuel : la puissance opératoire des connaissances et des techniques, qui induisent aussi bien les productions spirituelles que matérielles, les échanges et les communications, est en spectaculaire progression qualitative. Cette évolution ne peut pas être stoppée. Elle peut juste être orientée, dans un sens favorable ou non à l’être humain. Ne pas prendre cela en compte et ne pas agir dés maintenant au niveau de l’organisation sociétale pour une orientation du développement technologique favorable à l’être humain, fait véritablement courir un risque insensé à l’humanité.
Classé dans : Alimentation / santé
Chaque assiette contient en moyenne, 21 pesticides. Quels impacts ces résidus polluants ont-ils sur la santé ? Quelle alimentation est-il préférable d’adopter pour rester en forme ? Annie Sasco, médecin épidémiologiste, responsable de l’équipe épidémiologie pour la prévention du cancer à l’Université Victor Segalen Bordeaux 2.DR nous répond.
Quel est l’état des connaissances actuelles concernant le lien entre l’alimentation et les risques de cancer ?
De nombreuses études réalisées au cours de ces 25 dernières années ont permis de montrer qu’une alimentation riche en graisses, notamment en graisses saturées d’origine animale, augmente les risques de cancers (surtout les cancers digestifs et hormono-dépendants : cancer du sein chez la femme, de la prostate chez l’homme) tandis qu’une alimentation riche en fruits et légumes diminue ces risques.
Ce qui me gêne c’est qu’aucune de ces études ne prend en compte la question de la contamination éventuelle de l’alimentation par des cancérogènes. Cette dimension est totalement ignorée, voire réfutée et ce même par de grands noms de la nutrition et de l’épidémiologie du cancer et alimentation.
Ainsi à l’heure actuelle, on ne connaît pas les effets des résidus de pesticides ou autres, contenus dans les aliments, sur la santé humaine. Même s’il existe des teneurs limites, ces teneurs ne sont pas calculées en prenant en compte le fait que chaque individu est exposé, tous les jours, à d’autres polluants.
Ainsi l’accumulation de ces composés potentiellement perturbateurs peut faire varier les risques d’augmentation de cancer selon la sensibilité et l’âge de chacun (les fœtus et les enfants sont plus particulièrement fragiles).
Vous avez participé à une expertise européenne sur les risques pour la santé humaine de la consommation de « viande aux hormones », que révèlent les résultats ?
La question qui est posée est celle de savoir si consommer de la viande qui provient d’animaux pour l’élevage desquels des promoteurs de croissance (hormones naturelles (oestradiol, testostérone, progestérone) ou synthétiques) est associé à un risque augmenté de cancer, troubles de la puberté et de la reproduction ou autres effets néfastes.
Il est très difficile de démontrer de façon absolument indéniable que les personnes qui mangent plus de « viande aux hormones » ont davantage de risque que les autres de développer un cancer, car la maladie est favorisée par de multiples facteurs. Toutefois, nous savons aujourd’hui que la plupart des hormones contenues dans la viande, le lait ou celles qui sont ajoutées pour que les bêtes grossissent plus rapidement, peuvent être considérées comme des cancérogènes.
Or, même s’il n’existe pas de preuve absolue de risque, cet apport supplémentaire en hormone peut potentiellement avoir un impact, notamment chez les enfants prépubères ou pubères.
Aussi, il a été calculé qu’en moyenne, chaque repas consommé en France contenait 21 pesticides. Certes ce sont des résidus, et leurs teneurs sont limitées, mais entre l’adjonction des hormones, des pesticides, des agents de texture et de saveur, les conservateurs…il est aujourd’hui nécessaire de faire attention à ce que l’on mange.
Quel mode d’alimentation préconisez-vous pour rester en bonne santé ?
Je suis d’accord avec les recommandations du Plan national nutrition santé (PNNS) : manger cinq fruits et légumes par jour, réduire le sel, l’alcool, les produits riches en graisses.
Par ailleurs, manger des légumes « bio » permettrait bien sûr de diminuer le nombre de pesticides dans notre assiette, mais actuellement ces produits sont plus chers que les autres et je trouve cela inacceptable.
J’encourage donc les politiques ou les organisations, telles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à être plus stricts au niveau réglementaire et à demander aux industriels et aux agriculteurs de substituer, dans la mesure du possible, toutes les substances potentiellement toxiques par des produits sains, en particulier utilisant moins de pesticide.
Je ne vois pas pourquoi la France aurait besoin d’utiliser plus de pesticides que les autres pays et donc je pense qu’une bonne partie de ces produits pourrait donc être supprimée.
Anna Musso
Classé dans : Réchauffement climatique
MOSCOU, 19 juin – RIA Novosti. Les destructions dues au réchauffement climatique dans le Nord de la Russie pourraient s’avérer catastrophiques à l’horizon 2030, a annoncé jeudi le vice-ministre russe des Situations d’urgence (MSU) Rouslan Tsalikov.
« Le Nord du pays pourrait subir des ravages provoqués par le réchauffement global d’ici 2030. Ainsi, plus d’un quart des habitations sont menacées », a-t-il fait savoir au cours d’une table ronde au Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe).
Selon lui, les aérodromes accueillant les avions-cargos et les dépôts souterrains, y compris les réservoirs naturels de pétrole, seront détruits à cause de la fonte de la calotte glaciaire.
« Si la température moyenne annuelle augmente d’un à deux degrés, la capacité portante des pieux enfoncés dans le permafrost diminuera de 50% », a précisé le vice-ministre. Et d’ajouter qu’actuellement le permafrost en Sibérie occidentale diminue de quatre cm par an, d’ici à 20 ans ses frontières reculeront de 80 km au nord.
Un autre problème, selon le haut représentant du MSU, est la possibilité de grandes crues, de même que l’augmentation des risques d’émanation de méthane suite au réchauffement climatique. Selon les données, la Russie possède 70 milliards de tonnes de ce gaz, soit deux tiers des réserves
Classé dans : Pollution atmosphérique
Paris Normandie du 20 juin 2008
Une étude de l’Institut de veille sanitaire (INVS) conduite dans neuf villes établit clairement le lien entre pollution aux particules et augmentation du nombre de décès, en particulier chez les plus de 65 ans et les personnes souffrant de troubles cardiaques et cardio-vasculaires.
« L’excès de risque de décès est de 2,2 % pour une augmentation de 10 microgrammes/m³ des niveaux de particules PM2,5 et PM10 », écrit l’Institut. « Pour la première fois, nous avons été capables de quantifier les effets aigus, c’est-à-dire le jour même ou le lendemain, qui font suite à un épisode de pollution aux particules », explique Agnès Lefranc, coordinatrice de l’étude conduite de 2000 à 2004 à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rouen, Le Havre, Strasbourg et Toulouse.
« C’est un excès de risque relativement faible, par rapport au tabagisme par exemple. Mais si on peut décider ou pas de fumer, ce qui ne concerne qu’une fraction de la population, les 11 millions de citadins des neuf villes étudiées sont exposés aux particules : à moins de s’arrêter de respirer, ils n’ont aucun moyen de les éviter, même enfermés chez eux fenêtres fermées », relève-t-elle.
Les particules PM10 – d’une taille inférieure à 10 microgrammes – et les PM2,5 (moins de 2,5 microgrammes, capables de s’infiltrer profondément dans les voies respiratoires) sont principalement composées de sulfates, nitrates, ammonium, chlorure de sodium, carbone, matières minérales ou eau. Elles proviennent de multiples sources, comme les véhicules (surtout au diesel), les industries, le chauffage au bois, l’érosion des chaussées ou l’agriculture (engrais et élevage).
L’étude s’est concentrée sur la mortalité liée aux particules à tout âge et sur la population de plus de 65 ans; elle laisse volontairement de côté les très jeunes, compte tenu de leur faible taux de mortalité. « D’autres études ont cependant montré les effets de la pollution atmosphérique sur la mortalité post-natale, sur la santé respiratoire des enfants et sur la santé du fœtus », indique Mme Lefranc.
« On montre aussi que la fraction dite grossière de ces particules, d’une taille entre 2,5 et 10 microgrammes, est également liée à la mortalité et devra être prise en compte dans un cadre réglementaire », poursuit-elle.
Suite au Grenelle de l’environnement, la France a décidé de devancer l’UE : un « plan particules » attendu le 30 juin « avec l’idée à terme de se conformer au 10 microgrammes préconisés par l’OMS » (Organisation mondiale de la santé), indique la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Pour parvenir à ces objectifs, un plan d’action envisagera quatre séries de mesures sur les chauffages domestiques, les industries, les transports et l’agriculture.Au plus profond des voies respiratoires
Classé dans : Alimentation / santé
Le Figaro
Yves Miserey
16/06/2008 | Mise à jour : 08:19
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Salariés en contact avec les carcasses trempées dans l’eau javellisée, maîtres-nageurs et employés des unités d’ensachage de légumes frais chlorés souffrent d’irritation des yeux et des voies respiratoires.
Fin mai, la Commission de Bruxelles a pris la décision d’autoriser l’importation de poulets chlorés américains dans l’Union européenne. Cette décision sera bientôt examinée par les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept. Elle ne sera sans doute pas entérinée car plusieurs pays, dont la France, ont déjà fait savoir qu’ils y sont opposés. Les experts sanitaires européens l’ont déjà rejetée eux aussi. Dans ce dossier, toutefois, il faut savoir que le seul risque réellement identifié à ce jour est un risque professionnel. Aux États-Unis, les employés des firmes agroalimentaires qui manipulent les carcasses de poulets ou de dindes trempées dans l’eau de Javel souffrent d’irritation chronique des yeux, du nez et de la gorge.
Ces symptômes sont identiques à ceux constatés chez les maîtres-nageurs travaillant dans les piscines désinfectées au chlore ou chez les employés d’unités d’ensachage de légumes frais prêts à l’emploi (salades, choux, carottes avant râpage). Il faut savoir, en effet, qu’en France et ailleurs dans le monde, quand ces produits alimentaires sont conditionnés sous plastique, ils sont eux aussi trempés dans l’eau javellisée pour éviter la prolifération de bactéries. Un procédé de décontamination peu coûteux et sûr.
La découverte des mécanismes à l’origine de ces phénomènes remonte au début des années 1990. Elle est le fait d’une équipe de chercheurs de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité), l’organisme de recherche chargé des questions d’hygiène et de santé au travail et géré en commun par le patronat et les syndicats. L’alerte est venue de la Fédération des maîtres-nageurs. Plusieurs de ses adhérents étaient devenus asthmatiques au bout de quelques années et demandaient que cette pathologie soit reconnue comme maladie professionnelle, ce qui a été fait en février 2003.
Aucune réglementation
Les recherches de l’INRS ont montré que l’irritation est provoquée par les chloramines, des gaz insolubles produits par réaction du chlore avec les matières organiques liées à la saleté corporelle, la sueur voire l’urine présentes dans l’eau. Ces dérivés ont un pouvoir irritant puissant. Des études ultérieures ont montré que le même processus se produit dans les usines de conditionnement de légumes frais en sachet. On y trouve les mêmes ingrédients : du chlore (eau de Javel) et de la matière organique (sève, protéines, acides aminés). Le niveau d’exposition aux chloramines est loin d’être négligeable. Une étude récente du NIOSH, l’institut américain de la sécurité et de la santé au travail, a fait le même constat dans les firmes agroalimentaires «chlorant» les poulets et les dindes. L’organisme américain a fait appel à l’INRS pour une série de mesures.
Toutes les études ont mis en évidence le phénomène mais aucune réglementation n’a encore été prise pour limiter l’exposition des professionnels. Un dispositif capable de diminuer la diffusion des chloramines a été mis au point par l’INRS mais peu de firmes agroalimentaires l’ont adopté.
«Ce type de problème se règle à la plainte», explique Michel Héry, de l’INRS. Si les salariés ne se plaignent pas, rien n’est fait.» Il est trop tôt pour connaître les conséquences sur la santé de l’exposition professionnelle aux dérivés du chlore, la chloration industrielle de produits alimentaires étant pratiquée depuis une dizaine d’années seulement.
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communiqué de presse de France Nature Environnement et Eau & Rivières de Bretagne
Lundi 5 mai 2008
Publicité pour le pesticide Round up :
le « monde de Monsanto » nest pas celui
du Grenelle de lenvironnement !
Alors que les acteurs du Grenelle de lenvironnement travaillent à la mise en uvre des engagements négociés en octobre 2007, la société Monsanto organise une campagne de publicité du pesticide « Roundup », dans la presse hebdomadaire locale. Réaction de France Nature Environnement et dEau & Rivières de Bretagne.
Les associations dénoncent cette campagne de publicité et rappellent :
q que selon le dernier rapport de lIFEN, le glyphosate est détecté dans 32 % des points deau français analysés, et son métabolite lAMPA dans 56 %,
q que le Grenelle de lEnvironnement sest fixé comme objectif de réduire de 50 % les quantités de pesticides utilisés en France et de promouvoir une publicité éco-responsable,
q que les travaux scientifiques ont montré le caractère cancérigène du glyphosate, matière active du Roundup,
q que les collectivités multiplient les actions pour lutter contre cette pollution et réduire lusage de ces poisons
q quil est indispensable que les particuliers accompagnent cet effort en apprenant à jardiner et à entretenir leurs propriétés sans pesticides
A la suite dune plainte dEau & Rivières de Bretagne, Monsanto, qui produit ce fameux Roundup, a déjà été condamnée par la justice pour publicité mensongère (lappel sera examiné le 4 juin 2008 à Lyon) en présentant pendant des années ce produit comme « biodégradable » et « protégeant lenvironnement »,
Depuis 1er janvier 2007, la loi interdit « toute publicité commerciale » (relative aux pesticides) comportant « une mention pouvant donner une image exagérément sécurisante ou de nature à banaliser leur utilisation » (Code rural, article L. 253-7),
Cette nouvelle campagne publicitaire est forcément mal perçue par les consommateurs deau, qui savent que la plupart des usines de production deau potable ont dû séquiper de traitements supplémentaires pour éliminer les pesticides, et quils en supportent les coûts Elle a aussi choqué tous ceux, élus locaux, techniciens, responsables associatifs qui sont engagés au quotidien pour contrer la banalisation des pesticides et promouvoir dautres méthodes dentretien des espaces verts, des voieries, de nos jardins.
Pour Gilles Huet, Délégué général dEau & Rivières de Bretagne, « il nest pas admissible que la publicité encourage lutilisation de pesticides, pendant que les pouvoirs publics et les acteurs locaux dépensent des millions deuros pour éviter cette pollution ! »
Bruno Genty, de FNE, ajoute : « France Nature Environnement agira au sein du nouveau Conseil paritaire de la publicité pour linterdiction pure et simple de toute publicité en faveur de produits dangereux pour la santé, dont bien entendu les pesticides ! ».
Afin dinformer les consommateurs, Eau & Rivières de Bretagne a décidé à son tour de diffuser un pastiche publicitaire de la publicité du Roundup. Découvrez la sur le site internet à ladresse http://www.eau-et-rivieres.asso.fr.
Classé dans : Nouvelles technologies
Contribution de Roland Charlionet, chargé de recherches à l’INSERM
Les nanosciences transgressent-elles les valeurs culturelles fondamentales?
Une définition du champ occupé par les nanosciences et nanotechnologies peut être donnée:
Travailler aux échelles atomiques, moléculaires et supramoléculaires, approximativement entre 1 et 100 nanomètres, afin de comprendre, créer et utiliser des matériaux, des dispositifs et des systèmes possédant fondamentalement de nouvelles propriétés et fonctions à cause de leur petite taille.
La maîtrise de l’assemblage des structures au niveau moléculaire, l’exploration et le contrôle du comportement de la matière à cette échelle, la découverte et l’exploitation des propriétés nouvelles qui en résultent, sont les perspectives fascinantes et effrayantes à la fois que nous offrent les nanosciences et nanotechnologies. Il ne fait pas de doutes que l’impact de ces développements sur notre vie quotidienne et sur le monde sera particulièrement massif. On attend bien sûr les prouesses médicales extraordinaires des nano-médicaments ciblés, mais en même temps on craint que les nano-objets ne présentent des risques toxicologiques énormes pour la santé et l’environnement; les promesses de contrôle et de traçabilité sont contrebalancées par les menaces potentielles pour la liberté individuelle et la vie privée; les propriétés étonnantes des nouveaux matériaux font craindre le pire si elles sont appliquées à des objectifs militaires ou terroristes; des innovations technologiques encore difficiles à imaginer, sont susceptibles de bouleverser nos modes de vie de manière non souhaitable si elles ne sont soumises qu’aux critères de la rentabilité financière. Les attitudes du public à l’égard des nanosciences et nanotechnologies oscillent sans cesse entre espoirs immodérés d’amélioration des conditions de vie et craintes paniques d’apparition de mécanismes dangereux incontrôlables.
Qu’y a-t-il de vraiment nouveau dans les nanosciences et nanotechnologies? Forment-elles un corpus suffisamment homogène pour constituer une discipline spécifique? Travailler avec les molécules, n’est- ce pas la continuation de ce qui est développé depuis des siècles en chimie? La multidisciplinarité, qui leur est nécessaire, n’est-elle pas à l’œuvre déjà dans de nombreuses disciplines émergentes comme les sciences de l’environnement? L’association étroite des sciences et des technologies, dont elles se réclament, n’est-elle pas déjà un paradigme dominant depuis très longtemps? En fait, les nanosciences et nanotechnologies ne sont pas spécifiques d’un domaine particulier de la connaissance et, elles s’intègrent ainsi parfaitement au mouvement du progrès de l’ensemble des sciences et de la maîtrise technologique que nous voyons s’épanouir actuellement. Par contre, les nanosciences et nanotechnologies se conjuguent à chaque domaine technologique qu’elles pénètrent et qu’elles potentialisent de telle manière qu’elles vont ainsi complètement transformer l’ensemble des secteurs de production, depuis l’agriculture jusqu’à l’industrie aéronautique ou automobile, en passant par l’industrie militaire, la sécurité civile, la pharmacie et la médecine.
Le nouveau, qui apparaît avec l’essor des nanosciences et nanotechnologies, c’est cette maîtrise du niveau élémentaire d’organisation de la matière qui semblait jusqu’alors échapper complètement à nos sens, notre compréhension et nos possibilités d’action. Les nanosciences et nanotechnologies, ayant comme objectif affiché de contrôler la matière à l’échelle la plus fondamentale et d’intrumentaliser les atomes, les molécules aussi bien que les entités macromoléculaires du vivant, se proclament ainsi comme fondamentalement transgressives d’un ordre naturel immuable et intangible. En effet c’est bien tout d’abord une démonstration de puissance de l’être humain dans son rapport à la nature, qui transparaît ostensiblement dans le développement actuel des (nano)sciences et (nano)technologies. Cela est mis particulièrement en évidence, jusqu’à la caricature, dans le programme désignée par l’acronyme NBIC (Nanotechnology, Biotechnology, Information technology, Cognitive Science). Dans ce programme, les nanosciences et nanotechnologies croisent et développent des synergies avec les biotechnologies, les sciences de l’information et de la communication, et les sciences cognitives dans le but clairement affirmé d’améliorer les performances de l’être humain (certains promoteurs des NBIC proclamant même ouvertement leur volonté de supplanter l’humanité par une nouvelle espèce). Cette volonté de puissance affichée est mise volontiers en exergue dans le mythe du chercheur fou ou celui du développement incontrôlable de la technologie (Cf l’essence de la technique de Heidegger ou le méga-outil de Illich) et elle rejoint la notion de transgression d’une loi divine (arbre de la connaissance ou tour de Babel) ou transgression des lois d’une nature sacralisée.
Mais il est important de faire dés maintenant une remarque préalable. Derrière la démonstration de puissance de l’être humain, que l’on peut trouver à la base de l’expansion des nanotechnologies notamment (cela se vérifie également pour un grand nombre de technologiques nouvelles – OGM etc.), transparaît en filigrane une volonté politique de soumission aux dictats des puissances financières. Les nanosciences et nanotechnologies sont considérées comme un domaine hautement stratégique pour maintenir la compétitivité et l’activité économique dans les pays développés. Le brouillage de plus en plus marqué entre science fondamentale et science appliquée est particulièrement souligné dans les nanotechnologies. Les applications des nano-objets sont envisagées avant d’être réalisables ou même possibles, et cela sans concertation publique pour savoir si elles correspondent véritablement à un besoin social et si elles sont sans danger. L’attente induite par les fonds publics ou privés, qui s’investissent massivement dans les nano-initiatives, est telle qu’elle raccourcit considérablement les temps entre découverte d’un produit et sa mise sur le marché. C’est que, au fond du développement soit-disant incontrôlable de la technique, se nichent les taux de profit, pilotes universels des gestions capitalistes qui se livrent à une course effrénée à la rentabilité financière de court terme et de courte vue. Cependant le système ultra libéral n’est pas la fin de l’Histoire. L’implication des hommes et des femmes dans la prise de conscience et la prise en main de leurs affaires peut être mise en œuvre. J’indiquerai, dans le 3ème chapitre, quelques pistes pour une appropriation démocratique du développement des sciences et des technologies, mais je veux revenir d’abord à l’examen de la notion de transgression qu’engendrerait le développement technologique.
La pensée humaine comme bifurcation dans l’évolution de la nature
L’évolution naturelle des espèces a fait émerger au sein même de la nature la possibilité du développement d’une pensée complexe et cette possibilité s’est finalement incarnée dans l’espèce humaine. Il y a en effet une manière de penser qui est propre à l’homme: on peut en citer quelques caractéristiques. La pensée humaine est véhiculée par un langage et elle est ainsi transmissible aux contemporains et également de génération en génération (ce qui permet un développement plus ou moins continu des connaissances). La pensée humaine permet la formulation de concepts c. à d. elle permet de résumer, de concentrer en une seule idée une multiplicité d’expériences ou d’objets par généralisation de traits communs identifiables (par exemple [2], c’est à partir de l’observation du soleil, de la pleine lune… ou c’est en faisant le tour de tronc d’arbre etc. que le concept de cercle a -peut être- pu être dégagé. Et ce concept de cercle est utilisé lors de la fabrication des roues, lors du tournage des poteries, … dans les situations où il faut arrondir les angles ou quand on cherche à agrandir le cercle de ses amis …). Une 3ème spécificité (entre de nombreuses autres sans doute), peut être formulée ainsi: la pensée humaine permet de prendre conscience du temps qui s’écoule, elle permet d’appréhender le devenir (et par conséquent la mort), ce qui induit notamment le besoin de rechercher ce qui existe au-delà des apparences immédiates (d’où le développement des religions, des sciences, des arts). La thèse que je défendrai ici, c’est que l’émergence de la pensée humaine sur terre est à l’origine d’une bifurcation concernant l’évolution de la nature, bifurcation probablement aussi radicale que celle qui a suivi l’émergence de la vie sur terre.
Pendant tout le paléolithique, les hommes ont connu un mode de vie remarquablement stable fondé sur la cueillette, la chasse et la pêche, avec comme principal outil pendant plus d’un million d’années, le biface. L’acquisition progressive de la maîtrise du feu (l’apparition des premiers foyers aménagés date d’environ 400 000 ans) est une première rupture. Cette étape illustre l’accélération progressive des processus intellectuels de l’homme qui le distingue radicalement de l’animalité. En effet, l’homme est le seul animal qui a non seulement domestiqué le feu, mais qui a aussi été capable de le reproduire à volonté. Le feu éclaire, il réchauffe, il permet de cuire la nourriture et en conséquence de faire reculer les parasitoses, il améliore la fabrication des outils avec le durcissement au feu de la pointe des épieux etc. C’est aussi –et c’est loin d’être négligeable- un facteur de convivialité. La maîtrise du feu change donc irréversiblement la donne dans le rapport homme/nature. Remarquons que cette maîtrise, qui permet d’acquérir tant d’avantages, n’est pas également sans présenter déjà de graves dangers puisqu’elle permet par exemple d’engager des destructions massives sur une grande échelle…
Cependant une rupture encore plus considérable dans les rapports homme/nature est apparue, il y a environ 10 000 ans, avec l’avènement du néolithique. Au cours de cette période, le statut de l’homme a progressivement évolué de sa position de prédateur complètement immergé dans la nature (chasseur, pêcheur, cueilleur) à celle de producteur (agriculteur, éleveur). Le passage de la cueillette à la culture implique un mode de pensée radicalement différent et demande des connaissances précises: sélection des graines, semailles à date précise, transformation des terrains en champ, assolement, fumure, irrigation, stockage (grenier-silos, poterie), cuisine. L’apparition de l’élevage implique que l’homme sache agir sur la reproduction et la domestication d’animaux spécifiques. Le mode de vie change. La sédentarisation se généralise car la terre peut nourrir environ 100 fois plus de population que le système précédent. Le regroupement en village devient peu à peu la règle. Grâce à l’élevage et à l’agriculture, le temps libéré peut être consacré à l’invention de nouveaux outils plus précis et plus efficaces. Il en résulte également une explosion démographique et une spécialisation de l’artisanat qui engendre de lointains échanges. Les sociétés se hiérarchisent. Puis le mouvement s’accélère avec l’apparition de la ville, de l’état, de l’écriture, des grandes religions, de la métallurgie …et de la guerre. Avec le néolithique, l’homme n’est plus simplement immergé dans la nature, il en constitue désormais le centre et sur bien des points, en devenant producteur au lieu d’être simple prédateur comme les autres animaux, il la domine. Mais cette augmentation considérable des connaissances et de la maîtrise technologique qui permet d’acquérir tant d’avantages, n’est pas également sans présenter déjà d’immenses dangers. Outre les guerres destructrices qui se sont développées, c’est au néolithique qu’a été provoquée véritablement la première crise écologique de la Terre: la déforestation qui conduit déjà à une dégradation des sols dans nombre de régions et à des modifications climatiques encore mal évaluées.
Je ne dresserai pas une fresque historique de la progression des connaissances scientifiques et des maîtrises technologiques – j’en serais d’ailleurs bien incapable. Je me contenterai de dire que cette progression, jusqu’à aujourd’hui, a mis pleinement en œuvre les 3 caractéristiques de la pensée humaine que j’ai déjà citées: la possibilité d’élaborer des concepts de plus en plus performants, l’accumulation des connaissances qu’autorise la transmissibilité de la pensée par le langage (accumulation des connaissances actuellement démultipliée par l’informatique!), la possibilité de prendre conscience du devenir et donc l’exploration, la recherche de ce qui est au-delà de nos compréhensions et de nos perceptions immédiates. Nous en sommes arrivés à la connaissance et la maîtrise de niveaux effectivement complètement hors d’atteinte de nos perceptions naturelles. Il s’agit notamment du niveau moléculaire et atomique (voir subatomique), qui constitue un palier primordial dans l’organisation de la matière: c’est en effet au niveau des atomes et des molécules que se constitue le socle à partir duquel vont émerger les propriétés de la matière telles qu’elles peuvent être perçues dans notre monde sensible, y compris la propriété du développement de la vie. La maîtrise de ce niveau constitue sans doute une étape majeure dans l’histoire des rapports homme/nature: avec la maîtrise de la radioactivité, les êtres humains sont capables de créer des éléments atomiques qui n’existent pas dans leur environnement naturel immédiat et peuvent envisager, avec ITER, de reproduire et de contrôler l’énergie de micro soleils; de même les nanotechnologie font apparaître des matériaux entièrement nouveaux ainsi que des machines travaillant à l’échelle moléculaire; les connaissances nouvellement acquises en biologie nous donnent accès à la maîtrise d’un grand nombre de processus vitaux; et l’informatique nous permet de créer de l’intelligence artificielle. L’être humain est en passe de devenir pleinement « producteur » de sa vie et de son environnement immédiat et c’est précisément cela qui constitue aux yeux de certains une « transgression » des valeurs naturelles. Les conséquences de cette maîtrise technologique, tant au niveau des risques que des avantages, sont gigantesques. Je propose au prochain chapitre quelques pistes indispensables pour réussir, par le haut, à relever le défi du progrès des connaissances. Certes, il est absolument impossible de prévoir ce que sera cette nouvelle civilisation. Cependant s’il est un cap qu’il faut absolument garder c’est celui de la dignité humaine. A cet égard, j’aimerais citer Lucien Sève [3]: « l’Homme, créateur de lui-même ? … Ce n’est pas une tentation mauvaise (dixit Mgr Lustiger), c’est une donnée fondatrice de l’humanité ! En tant que genre humain et non plus simple espèce animale, l’humanité s’est entièrement faite elle-même, à partir du premier silex taillé, en produisant ses conditions d’existence et, par là, son histoire, sa culture, sa personnalisation même. » Et un peu plus loin : « Notre humanité ne nous est pas donnée d’avance mais nous avons à la conquérir sans cesse d’avantage à travers une responsabilisation croissante. » C’est sans doute ce qui fonde la dignité humaine. Lucien Sève conclut d’ailleurs : « Respecter l’homme, ce n’est pas se cramponner à quelque statut quo naturel ou social, c’est agir avec vigilance et hardiesse pour son plus grand devenir humain.»
Relever le défi du développement des connaissances
Il nous faut bien constater que le développement considérable actuel des connaissances multiplie le nombre de questions à résoudre et que certaines de ces questions conditionnent l’avenir et la survie même de l’humanité. Cela se vérifie bien sur pour l’essor des nanosciences et nanotechnologies. Le progrès des connaissances et des maîtrises technologiques ne constitue donc pas en lui-même la solution à tous les problèmes qui se posent. Il est ambivalent. En effet la puissance des outils, dont dispose déjà et dont vont disposer les êtres humains dans un futur très proche, est telle que le support naturel de notre existence peut en être altéré. Le monde, dans sa phase actuelle de développement, se fragilise considérablement ! Or l’homme étant cet animal doté d’un cerveau pensant, potentiellement efficace dans l’analyse conceptuel, a une tendance naturelle à explorer les différentes voies inconnues qui s’offrent à lui et à élaborer des solutions nouvelles aux problèmes qu’il rencontre. L’être humain ne s’arrêtera jamais de penser ni de vouloir comprendre et maîtriser ce qui l’entoure. Depuis l’apparition de l’homme sur terre, le progrès des connaissances et de la maîtrise technologique semble bien être inéluctable. Toute tentative de vouloir l’étouffer est, à plus ou moins long terme, vouée à l’échec. Il y a donc bien là un vrai défi à relever. Puisqu’il n’est pas possible de stopper le progrès des connaissances, il faut parvenir à le canaliser pour que les transformations de la société, qu’il induit, restent centrées sur de grands objectifs généraux: respect de la dignité humaine, conservation et entretien des grands équilibres naturels, satisfaction des besoins sociaux exprimés, élaboration d’une éthique de vie…
Il est maintenant bien admis par beaucoup de monde, mais pas encore mis en pratique effectivement (la rentabilité financière faisant force de loi), qu’une intervention et une maîtrise citoyennes à tous les niveaux pourraient permettre de résoudre les contradictions qui apparaissent: obtention de nouveaux droits au sein et à l’extérieur des entreprises, développement des solidarités, dégagement de perspectives et de réflexions à long terme, pratique de prévention des risques etc.. Il faut remettre l’homme (et non pas le profit sacralisé, ni même la nature sacralisée) au centre de tout processus productif. Notamment pour les nanotechnologies, il faudrait pouvoir imposer une législation contraignante du type de la démarche entreprise pour le règlement REACH [4] (enRegistrement, Evaluation et Autorisation des substances Chimiques). Il est nécessaire d’exercer une vigilance efficace entre la mise au point d’une nouvelle synthèse, d’une nouvelle procédure, d’une nouvelle machine et leur utilisation à grande échelle. Et il faut, en outre, créer les structures de service public qui permettent de continuer à exercer la vigilance même après leur mise à disposition publique. L’intervention citoyenne doit aussi pouvoir s’exprimer dans les conseils d’orientation des organismes de recherches.
Cependant il me semble que le partage et la transmission des savoirs sont des questions centrales qui pourtant n’ont pas encore reçu l’écho qu’elles méritent. Il s’agit non seulement de former des travailleurs adaptés à la société, mais il faut surtout que les gens puissent effectivement agir en citoyen responsable, avec les moyens de débattre, de choisir, d’orienter les décisions et d’utiliser à bon escient les technologies nouvelles. D’où la nécessité absolue de révolutionner l’école, la faculté, les médias… L’alphabétisation de masse conditionnait la réussite de la révolution industrielle et elle a été réalisée dans les pays industrialisés. Il est alors apparu que ce qui semblait être auparavant l’apanage des seules élites (la capacité de lire, écrire et compter) pouvait être acquis par tout le monde pourvu que la société s’organise dans ce sens… Actuellement il faut réaliser, pour les révolutions scientifiques et techniques que nous vivons, l’équivalent de ce qu’a été l’alphabétisation de masse pour la révolution industrielle. Il s’agit d’élever considérablement le niveau général des connaissances (et pas seulement dans les domaines scientifiques) :
- Dégager et rendre clair pour tous les données essentielles concernant les différents niveaux organisationnels de la matière, de la vie, de la société humaine;
- Aborder les phénomènes réels dans leur complexité en introduisant notamment les concepts de non-linéarité (causes et effets ne sont pas toujours proportionnels), d’émergence (les propriétés du tout ne sont pas obligatoirement réductibles à la somme des propriétés des composants de base), et d’évolution (incertitudes et mouvements liés au temps);
- Indiquer ce qui fonde la dignité humaine ;
- Libérer le goût de la communication et du partage ;
- Aiguiser en chacun le sens de l’art et de l’analyse critique (en particulier par la remise en cause des apparences).
Le triptyque lire, écrire, compter, doit se compléter en lire, écrire, compter et philosopher. C’est un changement radical de culture de masse qu’il s’agit d’opérer. Bien entendu, le problème n’est pas de faire de tout le monde des experts en tout, mais de fournir à tout le monde les principales clés qui leur permettent d’appréhender ce qui les entoure.
Peut être vivons-nous l’aboutissement de la révolution néolithique. Il faut préparer la suite. L’Histoire ne fait que commencer.
[1] Pour ce chapitre, je fais de larges emprunts à l’avis du Comité d’éthique (COMETS) du CNRS, paru le 12 octobre 2006 sous le titre: Enjeux éthiques des nanosciences et nanotechnologies (Site Internet: http:// www.cnrs.fr/fr/presentation/ethique/comets/index.htm).
[2] Deleuze. Cours de Vincennes sur Kant – 04/04/1978
[3] Je me suis beaucoup inspiré de l’expérience de Lucien Sève au sein du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) pour les sciences de la vie et de la santé (Site Internet: http://www.ccne-ethique. fr/ ), telle qu’il la décrite dans ses ouvrages, en particulier: Pour une critique de la raison bioéthique chez Odile Jacob – 1994 et Qu’est-ce que la personne humaine? Bioéthique et démocratie Edition La Dispute – 2006.
[4] http://www.greenpeace.org/france/vigitox/informations/reach
( Nano-Initiative lancée aux Etats-Unis en 2000).
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21/04/08 – interview
« L’allergie, la sentinelle de l’environnement »
<!–[if gte vml 1]> <![endif]–><!–[if !vml]–><!–[endif]–>Dr Jacques Gayraud, allergologue et ancien Président du Syndicat national des allergologistes français (SNAF).
Y-a-t-il une recrudescence des allergies en France ?
Certainement, oui, dont l’une des causes sont les co-facteurs de l’environnement. Il en a deux qui ont été confirmées. A l’intérieur, le tabagisme passif, mais il y en a peut être d’autres en particulier les composants des produits qui rentrent dans la composition des matériaux de construction, et puis à l’extérieur les particules de diesel. Tabagisme passif et particules de diesel sont deux co-facteurs qui ont été confirmés.
Quand on parle d’allergies, on pense tout de suite aux pollens sans imaginer qu’il faut des co facteurs pour les révéler…
C’est toute la différence qu’il y a entre une prédisposition immunologique, que l’on peut appeler sensibilisation et une allergie véritable. Nos propres défenses vont être capables de reconnaître un allergène et vont fabriquer des anticorps, des IgE spécifiques par exemple. Cela ne suffit pas pour avoir de l’allergie.
L’allergie suppose cette reconnaissance immunologique avec une traduction et des manifestations cliniques. Si vous avez des tests cutanés aux pollens de graminées, cela ne signifie pas que vous allez avoir une pollinose, une allergie pollinique. Il faut des co-facteurs. Ce sont ces co-facteurs qui se multiplient pour révéler l’allergie.
On peut développer des anticorps sans avoir de symptômes ?
Oui, et heureusement d’ailleurs. Il y a beaucoup plus de personnes qui ont des tests cutanés ou des dosages d’IgE spécifiques positifs que de personnes qui ont réellement des manifestations allergiques. Ceux qui ont des manifestations vont se recruter préférentiellement parmi ceux qui ont des tests cutanés positifs, c’est ce que l’on appelle le terrain atopique.
Quelle est la proportion de Français allergiques ?
Il y a aujourd’hui 30% de la population qui a eu, qui a ou qui aura une manifestation allergique toutes sphères confondues, que ce soit respiratoire, cutanée, digestive, ou autres. Les principales allergies sont les allergies respiratoires, et en particulier les rhinites, et l’asthme.
C’est un peu lié ?
Oui, puisque la rhinite et l’asthme sont les manifestations de la même muqueuse respiratoire. Très souvent les rhinites sont associées à l’asthme. Toute rhinite impose la recherche d’un asthme.
Ca peut même être lié à l’eczéma…
Nous le redisons, c’est ce que l’on appelle le terrain atopique. Le terrain atopique, c’est celui qui est capable de fabriquer des IgE (immunoglobuline E). Dans ce terrain atopique, on a plusieurs manifestations cliniques qui sont communes ou qui le définissent. C’est l’eczéma, l’asthme, la rhinite, l’urticaire….
Le réchauffement climatique va-t-il avoir une incidence sur les allergies ?
Oui, en modifiant vraisemblablement l’environnement pollinique entre autres.
Déjà, dans les pays industrialisés, de plus en plus de personnes sont allergiques aux pollens.
Le nombre de personnes allergiques double tous les 5 ans à peu près. Nous savons que les pathologies allergiques sont des manifestations liées à l’environnement que l’homme modifie. Nous avons souvent appelé l’allergie la sentinelle de l’environnement.
Quand est-ce qu’aura lieu le pic pour les allergies aux pollens ?
Cela dépend. En période de grande saison pollinique, celle des pollens de graminées, l’optimum sera centré sur les mois de mai, juin.
Quels sont les moyens de se protéger de ces allergènes ?
Les polliniques aiment bien les jours de pluie parce que les pollens sont cloués au sol. Il faut mieux rester à l’intérieur quand il fait beau. Il faut se laver le visage et les cheveux, changer de vêtements quand on rentre pour pouvoir éliminer au maximum les contacts avec les allergènes.
Nous avons également des traitements symptomatiques : des antihistaminiques, des chromones, des corticoïdes locaux, qui sont des médicaments de base de l’allergie. Pour l’asthme, il y a des broncho-dilatateurs et des corticoïdes à inhaler qui permettent d’aider les personnes allergiques.
Il y a également le traitement préventif qui est le traitement de désensibilisation dont l’objectif est de modifier le terrain, c’est-à-dire de transformer ces personnes qui ont de mauvaises réactions immunologiques, qui fabriquent des IgE. La désensibilisation spécifique va réduire cette capacité à faire des IgE, et permettre aux atopiques de ne plus reconnaître ces allergènes, particules habituellement inertes.
La désensibilisation est-elle efficace avec toutes les allergies ?
Elle n’est pas efficace avec toutes les allergies. La grande majorité des désensibilisations intéresse les allergènes majeurs (pollens de graminées, acariens…) qui sont reconnus par la grande majorité des patients. Mais d’autres allergènes mineurs (c’est à dire reconnus par une minorité de patients mais non moins atteints) peuvent être responsables d’allergies et seront moins bien ciblé par ce type de traitement. La désensibilisation peut être active chez d’autres allergiques. Par exemple, chez les personnes allergiques au venin d’abeille ou de guêpe, la désensibilisation est salvatrice.
La désensibilisation fonctionne-t-elle chez tous les patients ?
Nous constatons qu’il y des personnes pour qui nous commençons une désensibilisation qui va être arrêtée parce qu’ils ne la supportent pas ou parce qu’elle n’est pas efficace. Aujourd’hui, ces personnes ne peuvent pas être dépistées avant de prendre ce traitement. Nous faisons donc un traitement d’épreuve qui va s’échelonner sur 6 mois à 1 an. Si durant cette période, il n’y a pas d’amélioration, le traitement sera arrêté.
Quels sont les pollens les plus allergisants ?
Je pense que le pollen de bouleau est le premier pollen à Paris, notamment avec tous les parcs d’agrément, les petits jardins privés en périphérie où chacun plantait ses bouleaux. La pollinisation et le développement de cette allergie ont été multipliés. Sur le territoire français, les pollens de graminées restent néanmoins les plus répandus.
Il faut savoir qu’il y a des micro-climats qui sont plus ou moins étendus où il peut y avoir des pollens très spécifiques. En Provence-alpes-côte-d’azur, le pollen de cyprès est un problème de santé publique. Dans la vallée du Rhône, le pollen d’ambroisie est une réelle préoccupation qui s’accroît chaque année. Dans l’Est également le pollen de bouleau est très présent.
Existe-t-il des moyens de se protéger contre ces co-facteurs des allergies comme les particules de diesel ?
Aujourd’hui les responsables politiques favorisent les incitations à acheter des voitures qui sont moins polluantes. Il y a beaucoup de recherches faites par les constructeurs pour construire des moteurs qui libèrent moins de particules.
Concernant le tabagisme passif, c’est essentiellement un facteur qui touche les jeunes allergiques, enfants de parents fumeurs, mais toutes les tranches d’âge sont cependant concernées. Je crois que c’est de notre responsabilité d’aider l’adulte à engager une démarche de sevrage tabagique. Aujourd’hui, les moyens sont à la disposition de tous pour un accompagnement efficace au sevrage tabagique (efforts financiers déployés par les assurances maladies, démarche d’éducation thérapeutique développée par les soignants …).
Est-ce plus dangereux quand une personne allergique fume ?
Oui, car fumer apporte au fumeur des co-facteurs pour l’allergie et provoquer une irritation des voies respiratoires, raison supplémentaire d’accroche des allergènes.
Avez-vous quelque chose à ajouter ?
En qualité d’ancien président du Syndicat National des Allergologistes Français, je saisis l’opportunité de cet interview pour redire le manque criant d’allergologues dans notre pays. Reconnaître notre discipline au rang de spécialité médicale à part entière est le premier pas pour identifier les allergologues. Donner aux allergologues les moyens dignes d’exercer leur profession est la deuxième étape nécessaire à la prise en charge des patients allergiques de notre pays.
Faire disparaître la profession d’allergologue, car c’est ce qui se passe petit à petit aujourd’hui, est un crime social pour les professionnels mais surtout les patients allergiques… Il est urgent que l’ensemble des responsables politiques et professionnels se mettent autour de la table pour affronter les allergies, 3ème problème de santé publique en France.